Mardi 19 septembre 2006

Récolte de l'absinthe

 

Nous avons cueilli l'absinthe qui pousse librement dans un jardin des hauteurs de Fleurier (Val-de-Travers / Suisse, à 800 mètres d'altitude), le 28 juillet, quand les fleurs jaunes venaient d'éclore. Du fait de la canicule, les plantes étaient moins hautes et plus fines que l'an dernier. En principe, cette absinthe sera plus parfumée. Elle a été mise à sécher par Nathalie, tête en bas, pas bouquets, dans le puits de lumière de la maison où nous vivons à Auvernier. Un fort courant d'air et l'absence de soleil a favorisé son séchage dans de bonnes conditions. La prochaine distillation, qui aura lieu fin septembre, permettra, nous l'espérons, de confirmer ces espoirs.


Nous nous trouverons alors dans la situation du vigneron qui goûte sa nouvelles cuvée. Le goût de l'apéritif varie en fonction de la qualité des plantes et des graines. Une absinthe cueillie trop tard et mal séchée peut provoquer un fort taux de thuyone, et de l'amertume, sans libérer le parfum sauvage de la plante. Un anis ou un fenouil pauvres en huiles essentielles ne donnent pas le « gras » et le blanc qui collent aux parois du verre et offrent de la « mache » quand on la déguste.


Nous sommes tributaires des fournisseurs pour les graines et herbes qui ne poussent pas dans la région (mélisse, anis étoilée, fenouil, anis vert, etc.). Notre seule marge de manoeuvre réside dans la qualité de nos fournitures, leur dosage, leur macération, la manière de distiller tout en douceur, et aussi et surtout – dans les conditions de croissance et de séchage de la grande absinthe.


Cela fait beaucoup de paramètres à conjuguer pour arriver à produire une absinthe « DuVallon » qui réjouisse le palais de son concepteur et corresponde aux désirs de la clientèle: « douce sur la langue, forte en bouche » pas trop anisée, pas trop de thuyone, et, hélas, mission impossible avec le fenouil disponible en Suisse et en Europe, un taux de fenchone correspondant aux normes françaises. En effet, la France est la seule nation européenne à avoir fixé le taux de fenchone à 5 mg/litre d'alcool pur. Nous pourrions nous passer du fenouil, mais il a l'avantage de corriger le piquant de l'anis (perceptible dans le « Pontarlier Anis » de Guy Pontarlier), et de donner de l'ampleur à notre absinthe « DuVallon ». En outre tous les clandestins du Val-de-Travers, mes parents en particulier, ont toujours mis des graines de fenouil dans leur absinthe. Respectons la tradition, même si le fenouil n'est pas une plante courante dans la région d'origine de la fée verte.


Dans un coin de jardin du village d'Auvernier (altitude 450 mètres), nous avons planté de l'absinthe. Un plant (on dit une troche) du Val-de-Travers, et un plant acheté chez un herboriste de la Coudre, près de Neuchâtel (voir autres chapitres du blog) qui alimente en pousses les cultivateurs d'absinthe du Val-de-Travers. Le plant du Vallon était gris-vert en mai. Le plant du « Jardin des senteurs de la Coudre / Neuchâtel était vert tendre. Mi – juillet, la différence était perceptible, tant en ce qui concerne la couleur que le parfum. Et je ne vous parle même pas d'un plant pourtant labellisé « Artemisia Absinthium » acheté dans un super – marché, qui a tous les aspects de l'absinthe, mais qui sentait... l'herbe à chats à la mi-septembre.


Comme dans Carmen, l'opéra de Bizet, on dira que l'absinthe est volage. Si tu l'aimes, prend garde à toi. Elle ne correspond jamais à tes désirs. Trop douce ou trop amère...  L'amour est folie et l'absinthe rend fou, c'est bien connu...

 



Vieille absinthe du Val-de-Travers
et jeune plant du jardin des senteurs
de la Coudre / Neuchâtel
le 14 mai 2006



Les mêmes le 3 juillet 2006. Gris argenté pour l'une;
vert tendre pour la plus jeune...


Les fleurs en bouton juste avant la cueillette.
Elle deviendront jaunes comme celles de la camomille


Absinthe de Fleurier séchée
dans les règles de l'art.
Résultat lors de la prochaine
distillation fin septembre 2006.


Brin d'absinthe repoussant après la récolte de juillet 2006.
Petit air de famille avec une autre feuille stupéfiante....
par Jaquet Charrère publié dans : duvallon
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Jeudi 11 mai 2006
Communiqué de presse de la Régie fédérale des alcools, en Suisse

Levée de l’interdiction
de l’absinthe: un an après



Près de 120 000 litres d’absinthe ont été produits dans les huit distilleries neuchâteloises au bénéfice d’une concession de la Régie fédérale des alcools.

Au total, la production suisse d’absinthe depuis la levée de l’interdiction le 1er mars 2005 s’est élevée à 130 000 litres, les importations à 15 000 litres et les exportations à 11 000 litres. Près de 90 pour cent de la production provient du Val-de-Travers (NE) où treize producteurs différents ont chacun leur recette de fabrication et commercialisent leur marque d’absinthe.

Cependant, tous les clandestins ne se sont pas encore annoncés et des recherches préliminaires ont permis de constater que certains d’entre eux continuaient à distiller. Faute d’informations dans une région où la loi du silence est de tradition, les inspecteurs de la Régie fédérale des alcools ont mené eux-mêmes plusieurs enquêtes qui ont permis de découvrir quelques distilleries clandestines opérant d’ailleurs parfois dans des conditions d'insalubrité étonnantes.

Les enquêtes pénales se poursuivent; les charges fiscales et les amendes pourraient représenter des montants de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de francs, voire même dépasser 100 000 francs dans certains cas.

Il est donc important de rappeler que les distillateurs clandestins qui s’annoncent eux-mêmes librement ne seront pas poursuivis. Ils ont, sans autre, la possibilité de produire légalement leur absinthe en s’adressant à des distilleries à façon. Il en existe actuellement notamment deux au Val-de-Travers et d’autres pourraient s’ouvrir prochainement.

La possibilité existe également de faire une demande de concession pour ouvrir une nouvelle distillerie, seul ou en groupe, à condition de produire au moins 500 litres d’absinthe par an. La Régie fédérale des alcools examinera en effet dans les mois qui viennent les demandes de concession qui lui seront parvenues et décidera de celles qui pourront être accordées.

RFA  - 27.03.2006


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par Jaquet Charrère publié dans : duvallon
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Mercredi 10 mai 2006
 L'absinthe sera-t-elle AOC?

La fée verte du Val-de-Travers, celle que d'aucuns appellent tout simplement "la bleue", sera-t-elle la seule boisson spiritueuse d'armoise à bénéficier d'une appellation d'origine contrôlée (AOC) et pourra-t-elle être protégée de diverses imitations qui ne manqueront pas d'être proposées sur le marché?    
   
Ces questions devraient trouver réponse lors de la décision de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) au sujet de la demande d'enregistrement de l'Absinthe en tant qu’AOC. Les producteurs du Val-de-Travers ont déposé leur demande le 15 septembre 2000 déjà, mais l'OFAG ne pouvait pas entrer en matière sur cette requête tant que cette boisson spiritueuse restait prohibée, ce qui n'est plus le cas depuis le 1er mars 2005.

La prohibition de l'absinthe depuis 1908 n'a pas empêché une certaine production dans le Val-de-Travers d'être écoulée clandestinement dans diverses régions de Suisse. C'est pour cette raison que la désignation "absinthe" n'a pas disparu de l'inconscient collectif et désigne toujours un spiritueux à base d'armoise (Artemisia absinthium L.). Même si tout laisse à penser que son origine est suisse, les producteurs du Vallon devront apporter la preuve que l'Absinthe est bien née au Val-de-Travers et démontrer que l'Absinthe n'est pas devenu un terme générique. L'utilisation du terme "absinthe" dans l'ordonnance sur les denrées alimentaires ne préjuge pas de son caractère générique. L'analyse de cette question sera centrale lors de l'examen de la demande d'enregistrement comme AOC.

L'obtention éventuelle d'une telle appellation protégée pourrait contribuer à stimuler l'économie régionale du Val-de-Travers; rappelons que le Parlement avait pris cet aspect en compte lors de la décision de principe sur la levée de l'interdiction de cette boisson spiritueuse.

Pour de plus amples renseignements:
Isabelle Pasche, Division principale Production et Affaires internationales, service juridique, tél. 031 322 25 39
Philippe Herminjard, Section Cultures spéciales et économie vinicole, tél. 031 322 25 26

Office fédéral de l’agriculture
Service de presse et d’information


 
par Jaquet Charrère publié dans : duvallon
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